
Violences passées : pourquoi votre corps réagit encore aujourd'hui

Bénédicte Rola
Hypnothérapeute · Péronne
Quand le passé parle à travers le corps
Ça fait des années et vous n'y pensez plus vraiment. Les événements sont anciens, parfois très anciens, vous avez tourné la page, avancé, construit des choses. Et pourtant, quelque chose en vous réagit encore, une tension dans la gorge lors d'une conversation totalement banale, un sursaut au moindre bruit, une tristesse soudaine sans raison apparente. Vous vous demandez peut-être si vous « exagérez ». Non, vous n'exagérez pas. Ce que vous ressentez est bien réel, et il y a de bonnes raisons à cela.
Le corps enregistre les expériences difficiles d'une manière qui lui est propre. Face à une menace ou à un choc qui vous submerge, votre système nerveux ne réfléchit pas : il agit. Il mobilise toutes ses ressources pour survivre et vous protéger. C'est automatique, ancré dans notre biologie.
Mais chez beaucoup de personnes qui ont traversé des violences ou des chocs émotionnels, ce mode « alerte maximale » ne se coupe pas toujours quand le danger s'éloigne. C'est un peu le détecteur de fumée qui continue de hurler alors que le gratin est sorti du four depuis longtemps. Des années plus tard, une odeur, un ton de voix ou une situation peuvent le relancer, et votre corps réagit comme si c'était encore d'actualité. Il reste en quelque sorte en état d'alerte, de vigilance, comme si le danger était encore présent.
Ce que cela peut ressembler au quotidien
- Des réactions physiques disproportionnées : cœur qui s'emballe, souffle court, nœud dans l'estomac
- Une hypervigilance : scruter les sorties d'une pièce, ne pas pouvoir s'asseoir le dos à la porte
- Des émotions envahissantes qui débarquent sans frapper
- Un sentiment de déconnexion de soi ou des autres, comme derrière une vitre
- Des troubles du sommeil, des cauchemars, ou au contraire une fatigue profonde et inexpliquée
Rien de tout ça ne dit que vous êtes fragile, ni que « quelque chose ne va pas chez vous ». Ça dit surtout qu'un système nerveux a fait exactement ce pour quoi il est conçu : vous protéger. La difficulté commence quand cette protection devient permanente. On appelle cela la dérégulation du système nerveux, et la bonne nouvelle c'est qu'on peut toutefois recalibrer tout ça et retrouver de la sérénité au quotidien.
« Mon corps réagissait comme si j'étais encore là-bas, alors que j'étais en sécurité depuis longtemps. » : C'est ce que partagent souvent les personnes qui franchissent la porte de mon cabinet.
Un exercice pour retrouver un ancrage dans le présent
Quand une réaction ancienne se déclenche, le corps a besoin d'un signal clair : ici, maintenant, je suis en sécurité. Ce n'est pas toujours facile à sentir sur le moment. Des exercices simples d'ancrage peuvent aider à apaiser le système nerveux, et l'exercice suivant a l'avantage de se faire n'importe où.
L'exercice des 5 sens, à essayer maintenant
Installez-vous confortablement, les deux pieds bien à plat sur le sol. Prenez une respiration lente, sans forcer.
- 5 choses que vous voyez : nommez-les si possible à haute voix (le bord de la fenêtre, la couleur du mur…)
- 4 choses que vous touchez : sentez le contact de vos pieds sur le sol, le tissu sous vos mains
- 3 sons que vous entendez : même lointains, même discrets
- 2 odeurs ou saveurs que vous percevez
- 1 chose pour laquelle vous vous sentez reconnaissant(e) en ce moment précis
Prenez 20 à 30 secondes par étape. L'objectif n'est pas de « chasser » ce que vous ressentez, mais de rappeler doucement à votre système nerveux qu'il existe un présent, différent du passé.
Cet exercice ne remplace pas un accompagnement professionnel. Mais il peut devenir une vraie ressource dans les moments difficiles.
Et l'hypnose et le RITMO dans tout ça ?
Dans mon cabinet, je m'appuie sur deux outils pour le travail thérapeutique sur les traumatismes et les chocs émotionnels :
Le RITMO est une méthode inspirée de l'EMDR, travaillée à partir de stimulations bilatérales (soit auditives, tactiles, ou avec les mouvements oculaires). Le principe : pendant que vous portez votre attention sur un souvenir ou une sensation qui vous pèse, les mouvements des yeux, les sons ou les sensations aident le cerveau à retraiter ce qui est resté « coincé », en revisitant le souvenir à distance, comme si cette fois vous n'en étiez plus l'acteur(trice) mais le spectateur(trice). Ce souvenir c'est un peu comme un dossier resté ouvert depuis des années, que le cerveau n'avait jamais pu classer et archiver. Pendant cet accompagnement, vous restez présent(e), aux commandes, à votre rythme. Pas de magie, et surtout pas question de revivre de force ce qui a fait mal.
L'hypnose, elle, est un état de conscience modifié, naturel, proche de la rêverie : celui où vous vous trouvez quand vous regardez le paysage défiler par la fenêtre du train sans vraiment le voir ou que vous vous évadez en esprit pendant une réunion de travail ennuyeuse. Elle peut aider à apaiser le corps, à retrouver des ressources, et à aborder les choses en douceur.
Ce que certaines personnes rapportent après un accompagnement orienté trauma, c'est une évolution progressive de la charge émotionnelle attachée à certains souvenirs ou sensations, et la sensation de se retrouver enfin soi. Le souvenir reste, mais il pèse différemment. Et le corps peut, lui aussi, retrouver un calme qu'il avait perdu.
Quand consulter ?
Il n'y a pas de « bon moment » pour consulter, et il n'est jamais trop tard. Certaines personnes viennent me voir des décennies après des événements difficiles. D'autres, peu de temps après. Ce qui compte, c'est ce que vous vivez aujourd'hui.
Voici quelques signaux qui peuvent indiquer qu'un accompagnement adapté pourrait vous être utile :
- Vous avez l'impression que certaines réactions vous échappent, même quand vous « savez » rationnellement qu'il n'y a pas de danger
- Vous évitez des situations, des lieux ou des personnes pour ne pas déclencher certaines émotions
- Votre qualité de vie, sommeil, relations, travail, est affectée de façon régulière
- Vous ressentez une fatigue profonde d'être constamment sur le qui-vive
- Vous avez l'impression de ne pas vraiment « habiter » votre corps ou votre vie
Je vous accueille à Péronne dans un cadre confidentiel et bienveillant. Mon rôle n'est pas de vous dire ce que vous devez ressentir, ni de vous « réparer ». Je vous accompagne à votre rythme, en douceur et avec bienveillance, avec des outils adaptés à ce que vous traversez.
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, il peut être utile d'en parler, à moi, à votre médecin, ou à un autre professionnel de santé formé à l'accompagnement du trauma. Vous n'avez pas à continuer seul(e).



