
Flashbacks envahissants : pourquoi le passé ressurgit et comment l'apaiser

Bénédicte Rola
Hypnothérapeute · Péronne
Ce que vous vivez quand le passé refait surface
Vous êtes en train de faire quelque chose d'ordinaire, préparer un café, conduire, regarder une série, et soudain, quelque chose bascule. Une image surgit. Une sensation envahit votre corps. Pendant quelques secondes, ou plus, vous n'êtes plus tout à fait là. Vous êtes ailleurs, dans ce moment que vous auriez voulu oublier.
Ces épisodes portent un nom : les flashbacks. Ils font partie des réponses que le système nerveux peut développer après un événement vécu comme un choc, accident, agression, deuil brutal, situation d'humiliation intense, ou tout autre événement qui a dépassé les ressources disponibles à ce moment-là.
Ce n'est pas une faiblesse. C'est la trace que l'événement a laissée dans votre corps et dans votre mémoire.
Ce à quoi les flashbacks peuvent ressembler
Ils ne prennent pas toujours la forme d'images nettes, comme au cinéma. Ils peuvent se manifester par :
- une odeur ou un son qui ramène brutalement à l'événement
- une sensation physique, gorge serrée, cœur qui s'emballe, jambes qui se dérobent
- un sentiment de danger imminent sans raison apparente
- des images fragmentées, floues, répétitives
- une émotion soudaine et intense, sans que vous compreniez d'où elle vient
Ce qui est souvent le plus déstabilisant, c'est l'impression de perdre le contrôle. Vous savez rationnellement que vous êtes en sécurité, et pourtant votre corps, lui, réagit comme si le danger était là, maintenant.
Cette dissociation entre ce que vous savez et ce que vous ressentez est l'une des caractéristiques les plus fréquemment rapportées par les personnes qui vivent des reviviscences. Elle n'est pas un signe de fragilité, c'est une réponse que le système nerveux a mise en place, souvent pour vous protéger, à un moment où vous n'aviez pas d'autre ressource.
Pourquoi le passé ne « passe » pas toujours
La mémoire ne fonctionne pas comme un enregistrement vidéo que l'on range dans une boîte. Après un événement ordinaire, les souvenirs s'intègrent progressivement : ils perdent de leur intensité émotionnelle, ils trouvent leur place dans la chronologie de votre vie, ils sont comme bien classés chronologiquement dans la bibliothèque de vos souvenirs. C'est ce que l'on appelle les souvenirs traités. Vous vous souvenez, mais vous savez que c'est du passé.
Après un choc, ce processus peut être perturbé. Le souvenir reste chargé émotionnellement, comme figé dans le temps, il n'a pas pu être traité. Certaines personnes décrivent l'impression que l'événement n'est pas vraiment terminé, qu'il est encore là, quelque part, prêt à ressurgir. C'est comme si le passé s'accrochait à vous en permanence, qu'il vous suit.
Ce qui peut déclencher un flashback
Les déclencheurs, appelés aussi triggers, sont souvent des éléments sensoriels qui ressemblent, même vaguement, à quelque chose présent lors de l'événement original :
- une lumière particulière
- une voix ou un ton similaire à celui d'une personne impliquée
- une date anniversaire
- un lieu, une texture, une posture corporelle, parfois même juste une couleur.
Parfois, le lien n'est pas évident. C'est ce qui rend les flashbacks si déstabilisants : ils semblent surgir de nulle part.
Un exercice pour retrouver le présent
Si vous sentez un flashback arriver ou si vous cherchez à revenir dans le moment présent après un épisode, voici une pratique simple que certaines personnes trouvent utile :
- Posez les deux pieds à plat sur le sol. Sentez le contact avec le sol, en appuyant légèrement pour ressentir l'ancrage.
- Regardez autour de vous et nommez 5 objets que vous voyez, à voix haute ou mentalement.
- Dites-vous intérieurement : « Je suis ici. Je suis en sécurité maintenant. »
Cette technique s'appuie sur la réorientation sensorielle : elle invite votre système nerveux à enregistrer des informations du présent, et peut contribuer à interrompre la spirale du flashback. Elle ne remplace évidemment pas un accompagnement, mais elle peut vous offrir un ancrage dans les moments difficiles.
Quand consulter et comment l'hypnose et le Ritmo (méthode dérivée de l'EMDR) peuvent contribuer à apaiser
Vivre quelques épisodes après un événement difficile est une réaction humaine. Mais quand les flashbacks deviennent fréquents, intenses ou envahissants, quand ils perturbent votre sommeil, vos relations, votre capacité à travailler ou simplement à vous sentir en sécurité, il peut être utile d'être accompagné.
Je reçois à Péronne des personnes qui traversent exactement ce que vous lisez ici. Ce qui me touche dans ce travail, c'est de voir à quel point le corps et l'esprit cherchent toujours, à leur manière, une façon de retrouver l'équilibre.
Ce que l'hypnose et le RITMO (dérivé de l'EMDR) peuvent apporter
Dans ma pratique, j'utilise deux approches complémentaires :
- L'hypnose thérapeutique : elle permet d'accéder à un état de conscience modifié, propice à un travail en douceur sur les souvenirs douloureux. Dans cet espace, il est plus facile de retrouver et créer un espace de sécurité, indispensable à la régulation du système nerveux et à la poursuite du travail sur le traumatisme.
- Le RITMO (Retraitement de l'Information Traumatique par les Mouvements Oculaires) : inspiré de l'EMDR, cette méthode utilise des stimulations bilatérales alternées pour remettre du mouvement dans le cerveau, là où les choses se sont figées, et permettre de retraiter le souvenir traumatique pour aller l'archiver. De nombreuses personnes rapportent une diminution de l'intensité émotionnelle associée au souvenir après plusieurs séances, et une meilleure confiance en soi et en ses ressources.
Ces approches ne visent pas à effacer le passé, ce n'est ni possible ni souhaitable. Elles contribuent à ce que le souvenir reprenne sa juste place : comme quelque chose qui s'est passé, et non comme quelque chose qui se passe encore.
Quand consulter ?
Il est recommandé de prendre contact avec un professionnel si vous vous reconnaissez dans l'un de ces points :
- Les flashbacks surviennent plusieurs fois par semaine
- Vous évitez des lieux, des personnes ou des situations pour ne pas les déclencher
- Vous avez du mal à dormir ou à vous concentrer depuis l'événement
- Vous vous sentez coupé de vos émotions ou, au contraire, submergé en permanence
- Vous avez l'impression que le temps ne fait rien, que l'événement reste aussi présent qu'au premier jour
Vous n'avez pas à attendre que ça devienne insupportable pour chercher de l'aide. Parfois, quelques séances suffisent à ouvrir une respiration nouvelle. Je suis disponible pour en parler, sans engagement, lors d'un premier échange.



